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Je suis en train d'écrire une longue histoire. Je vous propose de la lire comme un feuilleton au fur et à mesure de sa progression et de mon inspiration. N'hésitez pas à donner votre avis bon ou mauvais, je prend tout. Merci.

Les cousins font leur cirque

Introduction

Les cousins, sont mes petits-enfants. Deux garçons et deux filles. Ils se retrouvent chez moi, leur Papou, pendant les vacances scolaires. Laissez-moi vous les présenter :

  • Vincent, le plus grand, 13 ans, vit dans les Hautes Alpes. Evidemment fan de ski et de snow- board, il apprend la guitare et le cirque dans ses activités du mercredi.
  • Marion, dites Pounie, sœur de Vincent, 8 ans. Forte en dessin pratique aussi le cirque avec son frère et sa mère.
  • Emma, dites Manou, 11 ans, vit en Provence. Comme son cousin elle apprend la guitare et fait du théâtre le mercredi.
  • Raphaël, frère d’Emma, 8 ans. Aime les jeux de garçons, toupies de combat, chevaliers, armes, ceinture jaune de karaté. Un faux dur avec un cœur d’or.

Chapitre I

Cette année-là, j’avais loué pour les vacances de Pâques, un chalet de bois sur pilotis à Gruissan, petit village de pêcheurs près de Narbonne. La mer était encore un peu fraiche mais les enfants passaient tout de même la majeure partie de la journée sur la plage à jouer sur le sable et barboter les pieds dans l’eau.

Il n’y avait pas de télé dans le chalet et le soir, nous jouions à des jeux de société ou bien, nous nous baladions sur la plage jusqu’à la jetée qui s’avançait dans la mer.

Ce jour-là, nous nous apprêtions à nous rendre sur la plage, lorsque nous vîmes un camion tirant une grande caravane, s’arrêter devant chez nous entre la plage et les chalets.

  • Un cirque, un cirque, s’écrièrent Raphaël et Marion à qui rien n’échappait et qui savaient bien lire.
  • Ha, ha, dis-je, je crois que ce soir nous aurons un beau spectacle.
  • Je veux voir les clowns, dit Raphaël.
  • Moi, les trapézistes, dit Marion.
  • J’espère qu’il y aura un magicien, dit Vincent.
  • Et un funambule, dit Emma.
  • Je pense qu’il y aura tout ça et nous irons les applaudir ce soir après diner. En attendant, tous à la plage. Vous me devez une revanche au badminton.

Au retour de la plage, où j’avais encore été battu au badminton, nous constatâmes que le cirque s’était installé. La piste et les gradins étaient en place, deux grands mats retenus par des câbles, à la grande joie de Marion, supportaient deux trapèzes. Une chèvre attachée à une longue corde cherchait désespérément un brin d’herbe, ne trouvant que du sable.

  • Il y a une vieille salade en bas du frigo, dis-je. Pendant que je préparerai le repas, vous l’apporterez à cette jolie petite chèvre.
  • Oui, oui, s’écrièrent les cousins.

Après avoir fait boire les enfants, je sortais la salade que je coupais en quatre, je rajoutais 4 carottes et le pain dur qui trainait au fond du sac à pain. Munis de ces trésors les enfants partirent en courant vers la petite chèvre.

Ce jour-là, biquette, puisque c’est ainsi que les enfants la baptisèrent, fit un bon repas sur la plage.

  • C’est gentil d’apporter des friandises à cette grosse gourmande, mais ne lui en donnez pas trop, sinon ce soir elle ne voudra plus travailler.

Les cousins se retournèrent vers la voix et virent une jeune fille de l’âge de Vincent s’avancer vers eux.

  • Bonjour, je m’appelle Inès, viendrez-vous assister au spectacle ce soir ?
  • Oh oui, dirent d’une même voix les enfants.
  • Bonjour, moi c’est Vincent et voici Emma ma cousine, Raphaël mon cousin et Marion ma sœur.
  • Tu fais un numéro de cirque ce soir demande Emma ?
  • Oui, bien sûr, même plusieurs. Nous ne sommes que 5 avec mes parents, mes deux frères et moi. Chacun de nous participe à plusieurs numéros, mais je vous laisse la surprise pour ce soir.
  • Tu porteras des habits qui brillent ? dit Marion s’imaginant sur la piste en habits de lumière.
  • Et ton frère dit Raphaël, il aura une cape comme Batman ?
  • Ha, ha, ha, rit Inès, oui il y aura tout ça ce soir et même plus.

A cet instant, un cri et un bruit de chute firent tourner la tête des enfants vers la piste. Inès se précipita vers le cri, suivit des 4 cousins. Au centre de la piste, deux hommes couchés, semblant souffrir, mais vivants. La mère d’Inès arriva à son tour.

  • Que s’est-il passé ? où avez-vous mal ? Madré dé Dios, pourvu que ce ne soit rien de grave. Manu, Pépé, répondez moi.
  • Calme-toi, Dolorès, dit Pépé le papa d’Inès, rien de graves, entorses ou foulures je pense. Appelle le docteur. Les enfants, aidez-moi à me relever. Ça va Manu? Pas trop mal ? Aie, attention à mon épaule droite.
  • C’est ma cheville qui s’est tordue en tombant dit Manu, mais je peux la bouger, elle n’est pas cassée.
  • Comment est-ce arrivé demanda Inès ?
  • Je faisais répéter un nouveau numéro de trapèze à ton frère. Il ne le maitrisait pas encore bien, il a raté la barre de quelques millimètres et est tombé. J’ai amorti sa chute et c’est en le recevant dans mes bras que je me suis fait mal à l’épaule. Nous nous sommes écroulés au sol tous les deux et Manu malgré l’amorti de mon corps s’est tordu la cheville.
  • Comment allons-nous faire se plaignit Dolorès, la saison commence à peine et nous n’avons que très peu d’argent d’avance.
  • Ne t’inquiète donc pas nous trouverons une solution
  • Nous allons en parler à notre Papou dit Emma, je suis sure qu’il saura vous aider.
  • Voilà le docteur dit Vincent, on vous laisse, à bientôt Inès.

Chapitre II

Le soir, au repas, les enfants racontèrent toute cette aventure.

  • On va les aider, hein, Papou dit Raphaël.
  • Oui, nous ne pouvons pas laisser ces braves gens dans le pétrin et puis je tiens à le voir, moi, ce spectacle de cirque. Réfléchissons, comment pouvons-nous les aider. Qui a une idée ?
  • On demande aux gens de la plage de leur donner du manger, suggéra Marion.
  • Oui, et des sous aussi, ajouta Raphaël.
  • Malheureusement j’ai peur que nous ne récoltions pas beaucoup avoua Papou.
  • Et si on les aidait à présenter leur spectacle de cirque proposa Vincent ?
  • Comment cela ?
  • Marion et moi, faisons du cirque comme activité le mercredi. Je sais jongler, faire du monocycle, je l’ai d’ailleurs apporté, Marion connais un peu le trapèze, nous le baisserons pour éviter les accidents. Emma qui fait du théâtre pourra présenter un numéro de clown.
  • Je sais aussi marcher sur une corde précisa Emma.
  • Moi, dit Raphaël, je mettrai une cape et je sauterai très haut, je connais bien le trampoline.

Éclat de rire général.

  • Tout ça me parait faisable dit Papou. Demain matin nous irons en discuter avec Pépé et Dolorès. Je vais quand même contacter tous les gens que je connais au village et demander à la mairie l’autorisation, demain, jour de marché, d’organiser une collecte pour le cirque, soit en marchandise, soit en argent. Le maire qui est un brave homme nous donnera surement son accord.

Le lendemain matin, Papou et les enfants allèrent au cirque. Pépé le bras en écharpe était assis, soucieux, au bord de la piste. Inès et son petit frère Paco étaient près de lui. Nous apercevant, Inès vint à notre rencontre.

  • Bonjour, dit-elle, vous êtes surement Papou.
  • Ha, ha, je vois que je suis reconnu. Et toi la charmante Inès dont m'a parlé Vincent. Comment vont les blessés ?
  • Manu a une entorse à la cheville et sera immobilisé 3 semaines. Papa s’est luxé l’épaule, il pense que dans une semaine il sera rétabli mais le docteur parle plutôt de deux. Papa réfléchi comment faire tourner le cirque sans Manu et lui.
  • Nous avons peut être une solution à proposer à tes parents. Viens, présente-moi ton père.
  • Papa, voici les enfants qui t’ont aidé à te relever et leur grand-père, Papou qui aimerait te parler.
  • Bonjour tout le monde, je vous remercie pour votre aide, hier. Asseyez-vous, Papou, qu’avez-vous à me dire ?
  • Les enfants ont peut-être trouvé une solution à vos soucis si ça vous convient. Voilà le projet. Deux des cousins apprennent des numéros de cirque le mercredi depuis 2 ans pour le plus grand Vincent, et 1 an pour sa sœur, Marion et aimeraient vous aider en participant au spectacle. Emma, la grande, fait du théâtre et se propose de monter un numéro de clown. Elle sait aussi marcher sur une corde.

Pour ma part, je me propose avec l’aide de quelques copains et l’autorisation de la Mairie, d’organiser une grande collecte sur le marché qui vous permettrait de tenir quelques temps sans salaire. Nous pourrions en échange d’un don en argent ou en marchandise, offrir un ticket pour assister au spectacle. Nous ne ferons pas de la charité mais de la publicité pour le cirque. Votre honneur est sauf. Je vous laisse voir avec les enfants les numéros à mettre en place. Ça nous laisse deux jours entiers de préparation et répétition pour présenter un spectacle demain soir. Qu’en pensez-vous ?

  • Merci, c’est très gentil de votre part. Je trouve l’idée séduisante et le défi à relever exaltant. Je ne peux pas présenter de numéro mais je peux transmettre mon savoir. Demandez à Dolorès dans la caravane de vous donner un rouleau de tickets d’entrée. Merci encore pour ce que vous faites. Allez les enfants, l’école du cirque ouvre ses portes, musique.

Inès lança une musique entrainante qui donna du courage à toute la troupe.

Chapitre III

La collecte sur le marché eut un grand succès, grâce aux copains de Papou, une bande de joyeux grands-pères trouvant là, une occasion de s’amuser tout en faisant une bonne action. Ils avaient décoré une grosse remorque qu’ils avaient placée à l’entrée du marché. Un grand panneau expliquait la situation et faisait appel à la générosité des Gruissannais, bien connus pour leur grand cœur, hé, hé, qui pouvaient acheter des tickets pour le cirque en échange de denrées ou d’argent.

Les papis interpelèrent les gens, chantèrent à tue-tête et amusèrent tellement les passants que ceux-ci se montrèrent plus généreux que prévu.

A 13 heures, heure de fermeture du marché, notre bande de joyeux lurons se retrouva à la terrasse du café de la place de la Mairie pour savourer un apéro bien mérité et faire l’inventaire de la collecte.

  • Ha ! Je me suis bien amusé dit l’un d’eux
  • Pour sûr, ha, ha, la tête des gens quand nous avons chanté « Coupo santo »
  • Une Belge, ma foie, bien charmante, m’a demandé de lui traduire les paroles et s’est montrée bien généreuse pour nos amis forains.
  • Non, mais, regardez-moi ce vieux dragueur, attends que la Marie l’apprenne.
  • Tout en nous amusant, nous avons fait du bon travail. Nous avons distribué 263 billets, le chapeau de Jean-Pierre où les gens déposaient l’argent contient 1 200, 00 euros et la remorque est presque remplie de fruits, de légumes, d’œufs et quelques fromages. Le boucher a même donné un grand morceau de saucisse. Il m’a dit qu’il regrettait de ne pas pouvoir rire et chanter avec nous, sacré Gaston. Dolorès va avoir du travail pour cuisiner tout ça et éviter de gaspiller.
  • On va entreposer la remorque au frais dans ma remise et on se retrouve au cirque après le repas.

Chapitre IV

Du temps que les papis s’amusaient comme des gamins, les gamins, eux, travaillaient d’arrachepied pour être prêt pour demain soir.

Bon, dit Pépé, récapitulons les numéros que vous allez présenter :

-Vincent et Paco, numéro de monocycle. Il n’y aura pas besoin de beaucoup de répétition, vous maitrisez bien la technique.

-Emma et Raphaël, numéro de clowns. Le tir à la patate et à la chaussure. J’explique. Raph habillé en Auguste aura un gros fusil qui fait exploser des pétards avec beaucoup de fumée. Il se vante de pouvoir tirer sur une patate et la découper en frites. Emma le clown blanc se moque de lui et de son gros fusil et le met au défi de prouver ce qu’il avance. On cherche une patate en vain, on demande au public qui évidemment n’est pas venu avec des patates dans les poches. En désespoir de cause, Emma propose de lancer une de ses chaussures mettant au défi Raphaël de la toucher.

Emma lance la chaussure en l’air, il faudra la lancer au-dessus des lumières. Inès tire sur la corde près du mat de droite, ce qui ouvre le sac caché tout en haut, rempli de vieilles godasses et une pluie de chaussures tombe sur la piste sous les rires du public.

La difficulté des numéros de clowns c’est de veiller à ce qu’il n’y ai jamais de temps morts. Les répliques amusantes, les chutes, les grimaces, doivent s’enchainer sans arrêt. Inès connait bien ce numéro elle vous le fera travailler.

-Marion, plutôt que le trapèze, je vais t’apprendre le tissu, une grande écharpe de la hauteur du mat, qui est plus facile et surtout plus joli pour une petite fille. Je dois avoir l’ancien costume de fée d’Inès recouvert de paillettes roses et bleues qui brillera bien sous les projecteurs. Tu aideras aussi Inès à présenter le numéro de la chèvre équilibriste.

-Inès et Emma, numéro de funambule. Raph pourra venir en clown les embêter.

Ho, ça, il sait bien faire embêter, dit Emma.( rire général).

-Vincent et Paco, numéro de jonglage. Commencez à le travailler en premier en t’inspirant de ce que tu faisais avec ton frère, Paco.

-Inès tu présenteras ton numéro habituel de contorsionniste.

-Pour le final, tous ensembles, numéro de gymnastique : sauts, roulades, roues, pyramide humaine.

Nous avons beaucoup de travail et peu de temps mais je vous promets que nous allons y arriver et présenter notre plus beau spectacle. Allons-y ! Au travail !

Alors que tous les enfants étaient bien concentrés sur l’apprentissage de leurs différents numéros, nos joyeux papis arrivèrent au cirque.

  • Dolorès, Pépé, crièrent ils, venez voir ce que nous avons récolté.

Dolorès sorti de la caravane devant laquelle Manu avait été installé au soleil dans un relax.

  • Madré dé Dios s’écria-t-elle en voyant la remorque au trois quart pleine de victuailles. Nous avons de quoi manger pendant un mois ou plus, mais comment avez-vous fait ?
  • Et ça n’est pas tout, dit Patrick, nous avons aussi 1 200 euros à vous remettre.
  • Je n’en reviens pas, dit Pépé. Comment remercier ces gens si généreux.
  • Nous avons distribué 263 billets. Offrez leur un spectacle digne de leur bon cœur.
  • Je peux vous dire que les enfants donnent tout leur courage et leur adresse et foi de Pépé les gens vont apprécier le spectacle. Notre cirque contient une centaine de places. Nous donnerons 5 soirées gratuites pour remercier les Gruissannais. Ceux munis de tickets auront les meilleures places. Ce soir, je ferai le tour du village avec le haut-parleur sur le toit du camion pour remercier ces braves gens et annoncer les soirées gratuites.
  • Dolorès, dit Papou, pour éviter de gaspiller il va falloir cuisiner une bonne partie des légumes. Donnez-nous des couteaux, mettez au frais les bières que nous avons apporté et dites-nous ce que vous souhaitez faire comme conserves. Ratatouille ? Soupe ? Tian de légumes ? Salades de fruits ? Jus de fruits ? Paëlla ?
  • Je retourne conseiller les enfants dit Pépé, gardez moi une bière au frais, vieux brigands.

Chapitre V

Le grand soir du premier spectacle arriva. Tous les enfants avaient le ventre noué. Seraient-ils à la hauteur de la tâche ? Les généreux donateurs viendraient-ils assister au spectacle réalisé par des enfants pour des petits et des grands enfants comme disaient les panneaux installés un peu partout dans le village ? Tout le monde était stressé. Heu, non, pas tout le monde. Raphaël, dans son habit de clown, une grosse fleur cracheuse d’eau à la boutonnière, déambulait tranquillement s’amusant par avance de ce qu’il allait pouvoir faire toute cette soirée.

L’idée venait de Manu. Raphael serait le fil rouge de la représentation. Avec son air malicieux et son sourire innocent il allait apparaitre dans tous les numéros et perturber gentiment les artistes.

Aux répétitions, il avait fait rire tout le monde. Dolorès en avait pleuré en se tenant le ventre.

La représentation était prévue pour 21 heures. Dès 20 h 15 les spectateurs commencèrent à arriver, Manu envoya la musique, faisant monter chez les enfants la tension d’un cran.

20 h 30 le cirque se remplissait à flot continue.

20 h 40 toutes les places assises sont occupées. Les voitures continuent d’arriver.

20 h 55 debout derrière les gradins une foule dense attend patiemment le spectacle annoncé.

Pépé, Dolorès, les enfants, tous, n’en croient pas leurs yeux. La foule des grands soirs, le rêve du forain.

21 h. Pépé vient au milieu de la piste, le bras en écharpe dans son habit de Monsieur Loyal. Il remercie chaleureusement la population de Gruissan, parle de ces enfants au cœur d’or qui ont relevé le défi de présenter des numéros de cirque et sont parvenus d’après lui à monter un très joli spectacle à la hauteur de la générosité du public.

Ce soir là de nombreux mouchoirs essuyèrent des larmes de bonheur devant tant de partages et d’entraides, prouvant qu’il y avait encore beaucoup d’humanité chez l’homme d’aujourd’hui.

  • Et voici le premier numéro dit Pépé, Ils n’ont besoin que d’une roue chacun pour s’amuser et vous surprendre, voici les Weeler’s

Entré de Vincent et Paco sur leur monocycle dans de beaux costumes bleus pailletés. Tour de piste chacun dans un sens et se tapent dans la main en se croisant. Pendant leurs tours, Pépé dispose des cônes de chantier sur la piste. Les deux artistes slaloment entre les cônes toujours en se croisant, de plus en plus vite. Pépé apporte des massues de jonglage que les deux cyclistes se renvoient d’un bout à l’autre de la piste. Après quelques acrobaties qui enthousiasment le public et surtout les jeunes filles, nos deux amis s’amusent à sauter avec leur vélo. C’est à ce moment-là, qu’à grands coups de klaxon, apparait Raphaël sur un tout petit vélo. Il sort, des grandes poches de son habit de clown, des noix qu’il jette sur le sol. Les deux compères les écrasent en sautant dessus avec leur vélo. Raphaël ramasse quelques noix cassées et repart en klaxonnant sous les rires et les applaudissements du public.

  • Et voici maintenant, celle que les fées appellent Pounie dans un joli numéro de tissu. POUNIE.

Dans un costume rose et bleu brillant de mille feux, deux petites ailes translucides dans le dos, Marion s’avance sur la piste sous les applaudissements. Les petites filles ouvrent de grands yeux, non pas de jalousie mais d’envie d’être elles aussi dans ce beau costume sous les projecteurs.

Pépé dit à l’oreille de Marion : N’ai pas peur, je reste dessous pour te rattraper et ne dépasse pas la marque que j’ai faite à deux mètres.

Marion salue le public comme le lui a appris Inès et commence à grimper le long du tissu. Ce numéro tout en grâce et en douceur ravi le public. Une douce musique ajoute à la beauté et à la sérénité de cette chorégraphie aérienne. Les gens admiraient Marion émerveillés quand soudain, apparu Raphaël d’une démarche tranquille, curieux, regardant un peu partout. Il marque un temps d’arrêt en voyant le tissu, s’en approche, le touche et commence son numéro.

Il se drape dans le tissu et imite un mannequin faisant un défilé de mode, puis l’enroule autour de sa tête et salut à l’Indienne, les mains jointes. Il porte ensuite le tissu comme une écharpe autour du cou et fait semblant de marcher en luttant contre le vent. Le public rit de bon cœur devant le visage impassible de Raphaël. Ce dernier lâche enfin le tissu et repart de son pas tranquille.

Marion termine avec quelques belles figures et redescend sur la piste sous les bravos du public conquis par cette petite fée.

Arrivé des clowns, Emma et Raphaël. Emma porte un beau costume de clown blanc avec un grand chapeau pointu. Raphaël que l’on ne présente plus porte un fusil plus gros que lui.

  • Bonjour monsieur Raph, mais qu’avez-vous dans les mains ?
  • Mon fusil, un Pétacanon. Je m’entraine pour le concours de tir de dimanche.
  • Et sur quoi vous entrainez vous
  • Les patates. Avec mon Pétacanon je découpe les patates en frites. Je jette une patate en l’air, je tire et il retombe dix morceaux de patates.
  • Vous nous racontez des histoires On ne découpe pas les patates en frites en leur tirant dessus, même avec un Péteur canon. N’est-ce pas les enfants ?
  • Pétacanon pas péteur. Ho, là,là,là,là, elle sait même pas le dire. Donnez-moi une patate et je vais vous montrer. Pff, péteur canon, n’importe quoi.

Emma sort chercher une patate. Raphael longe la piste en regardant le public.

  • Il suffirait que je trouve quelqu’un avec le nez en patate dit-il en plissant les yeux. Y a-t-il un volontaire avec le nez en patate ?

Emma revient, l’air dépité.

  • Les dernières patates ont été transformées en purée pour ce soir.
  • Mais, je ne peux pas tirer sur de la purée avec mon Pétacanon. Il me faut une cible dure. Si je tire sur de la purée tout le monde va être aspergé. Vous voulez être aspergé de purée ?
  • Une chaussure ferait*elle l’affaire ?
  • Oui mais je vais la casser en dix avec mon Pétacanon.
  • C’est pas grave, il s’agit d’une vieille chaussure qui traine là depuis des jours. Vous voulez qu’on teste le tireur et son péteur canon les enfants ? Vous voulez le voir tirer ? Aie, aie, aie, aie, aie. Bouchons-nous les oreilles. Vous êtes prêt monsieur Raph ? Attention, feu !

Emma lance le soulier au-delà des lumières, Poum, Raph tire en l’air dans un nuage de fumée et une pluie de chaussures tombent sur la piste sous les rires et les applaudissements du public surpris et ravi de cette farce.

Dix minutes d’entracte annonce Pépé.

Derrière le rideau, Dolorès et Pépé félicitent les enfants.

  • Bravo, le public est content. Aie, quelle soirée, Madré dé Dios, quelle belle soirée, dit Dolorès.
  • Les garçons, aidez-moi à installer le câble pour les funambules, les filles allez vous préparer.

Fin de l’entracte.

Chapitre VI

  • Et voici maintenant, un numéro plein de charme et de grâce, exécuté par Les Colibris.

Emma et Inès apparaissent dans de beaux costumes bariolés. Chacune se présente d’un côté du câble et commencent à marcher l’une vers l’autre. Au milieu, Emma s’accroupie et Inès l’enjambe et continue. Emma se relève doucement et marche à son tour vers sa plateforme. Applaudissements, saluts. Le spectacle continu avec un peu de jonglage en équilibre sur le fil, puis Inès se met en équilibre sur les mains, Emma lui tenant les pieds. Une musique rythmée se fait entendre et les deux artistes, se mettent à danser sur le câble. Ensuite Inès se couche sur la corde faisant semblant d’être fatiguée alors qu’Emma s’accroupi près d’elle. C’est au moment où elles se relèvent que Raphael, toujours lui, arrive de son pas nonchalant, tirant une remorque. Comme à son habitude, il regarde autour de lui, lève la tête vers le câble et un grand sourire éclaire son visage. Il se penche sur sa remorque et sort du linge qu’il commence à étendre sur le fil énervant les filles qui font de grands gestes pour lui demander d’arrêter. Les filles partent sur le câble, décrochent le linge qu’elles jettent dans la remorque. Raphael, hausse les épaules de dépit, reprend sa carriole et repart comme il est venu.

Rires, applaudissements, saluts, fin du numéro.

  • J’ai failli tomber deux fois, souffla Emma, mais le public n’a rien vu.
  • Et voici maintenant celle dont on peut croire qu’elle a des os en caoutchouc, le roseau qui plie mais ne rompt pas, Miss Inès.

Apparition d’Inès dans un juste au corps vert la faisant effectivement ressembler à un fin roseau.

Elle se plie, elle se tord, se contorsionne sous les Ho et les Ha du public se demandant si elle a des os. Les enfants en coulisse n’en croient pas leurs yeux.

Pour clore son numéro elle réussit à entrer dans une boite carrée de 50 cm de côté après de longs efforts. Le public applaudit à tout rompre. Au moment où elle sort de sa boite, arrive Raphaël. Il tente quelques mouvements de contorsion voués à l’échec entrainant quelques chutes puis demande à Inès de lui prendre le bras droit, ce qu’elle fait. Il lui demande ensuite de le plier à l’envers du coude. Elle fait non de la tête, il insiste, elle obéit et plie à l’envers le faux bras de Raphaël qui sort son vrai bras de sa veste, applaudit et part en courant sous les rires et les bravos.

Les garçons installent sur la piste des escabeaux de différentes tailles ainsi qu’une poutre soutenue à un mètre du sol par des trépieds en fer.

  • Voici maintenant la seule femelle à barbe de la troupe dans sa belle robe blanche accompagnée de ses deux amies Marion et Inès, voici Biquette.

Ce numéro de dressage est habituellement exécuté par Dolorès. Il a été décidé que seuls les enfants assureraient le spectacle et donc Dolorès a formé les enfants à encadrer Biquette. Elle n’est pas inquiète car la chevrette connaît son numéro par cœur.

Arrivée de Biquette accompagnée des deux fillettes. La chèvre salue le public en pliant la patte droite, semblant faire une révérence au public. Biquette monte la planche et marche sur la poutre, fait trois aller-retour, descend et salut.

  • Maintenant, Biquette, tu vas montrer au public que tu sais compter.
  • Surtout les friandises, dit Marion.
  • Toi, petit garçon donne-moi 2 chiffres de 1 à 9
  • 3 et 2 dit le gamin.
  • Parfait. Biquette combien font 3 plus 2 ?

Biquette frappe avec son sabot sur une planche posée devant elle.

  • 1, 2, 3, 4,5. Bravo, tu es très forte. Donnez-moi deux autres chiffres.
  • 8 et 5 crie une fillette.
  • Parfait, nous allons compliquer la tâche. Après l’addition, la soustraction. Attention Biquette, combien font 8 moins 5. Réfléchi bien, 8 moins 5.
  • 1, 2, 3. Excellent. Messieurs, Mesdames, Biquette !

Le public applaudit l’exploit intellectuel de la chevrette.

Mais comment fait elle me direz-vous ? Biquette est attachée à une corde que tient Marion. Dolorès a appris à l’animal a frapper avec la patte sur la planche et à s’arrêter lorsqu’elle sent un petit coup sec sur la corde. Il suffit que Marion ne se trompe pas sur le résultat et le tour est joué. Tout le monde croit que Biquette sait compter. On a même entendue une mère dire à son fils :

  • Tu te rend compte la chèvre sait mieux compter que toi.

Inès dispose maintenant les escabeaux les uns sur les autres du plus grand au plus petit qui ne fait que 20 cm de côté. La chèvre qui est par nature un animal de montagne et d’escalade, grimpe doucement pour ménager le suspense jusqu’au dernier petit cube sur lequel elle a tout juste la place de poser les 4 sabots serrés. Applaudissement et descente en deux bonds de la chèvre.

Au moment où elle salut le public arrive devinez qui ? Raphaël. Il a changé son chapeau de clown contre un chapeau de toréador et s’avance, le buste bien droit, une cape rouge sur l’épaule. Il se plante devant Biquette et agite sa cape rouge devant elle. Cette cape qui bouge a beaucoup amusé la chèvre lors des répétitions et elle se prêta au jeu en fonçant dessus tête baissée comme un taureau.

Après quelques passes sous les rires du public, Raphaël remet la cape sur son épaule et se dirige vers la sortie. Biquette, retenue par la corde que tient Marion pour amortir le choc, donne un coup de cornes dans les fesses de Raphaël qui part en courant encore une fois sous les rires et les bravos.

Salut de la troupe et fin du numéro.

Dolorès en coulisse félicite les filles et Raphaël et lui dit en plaisantant :

  • Je crois que je vais t’adopter, tu me fais trop rire.
  • Et voici maintenant, ceux qui font voler toute sorte d’objets sans jamais les laisser tomber. N’essayez pas de les imiter avec la vaisselle de la maison, vos parents n’apprécieraient pas. Pour vous ce soir, les Flying saucers.

Arrivé de Vincent et Paco dans des juste au corps bleus pailletés. Ils commencent par jongler avec des massues qu’ils se renvoient, chacun faisant un tour sur lui-même après avoir lancé sa massue au son d’une musique disco endiablée. Arrive Raphaël avec un chapeau de cuisinier portant une pile d’assiettes. Arrivé près de Vincent, il trébuche et jette la pile d’assiettes en l’air. Vincent les rattrape et lance les assiettes une à une vers Paco qui les renvoient aussitôt et les deux complices jonglent avec les assiettes pendant que Raphaël court de l’un à l’autre affolé. Nos deux compères rendent enfin les assiettes à Raphaël qui repart en râlant.

Vincent et Paco jonglent maintenant avec des anneaux chacun de leur côté puis comme une farce à tour de rôle chacun envoie un anneau vers l’autre. Pour terminer les deux se renvoient les anneaux de plus en plus vite.

Tout à coup, les lumières s’éteignent. Le public fait Ho ! En plus de la surprise, il découvre le spectacle naturel mais magnifique d’un ciel étoilé comme on n’en voit plus dans les villes trop éclairées. La silhouette de Vincent tenant en mains 4 torches enflammées se détache dans la nuit sans lune et nos deux amis se renvoient les torches en feu, offrant au public un spectacle féérique. Les spectateurs conquis applaudissent de toutes leurs forces. Dolorès et Pépé dans un coin du rideau en ont les larmes aux yeux.

Les lumières se rallument, les deux garçons saluent sous les bravos et partent se préparer pour le dernier numéro.

Ce dernier numéro fait penser au bouquet final d’un feu d’artifice. Ça court, ça roule, ça saute, ça se grimpe les uns sur les autres. Vincent joue avec un gros pneu de camion. Il grimpe dessus et se tient en équilibre, se love à l’intérieur et Emma le fait rouler comme un cerceau. La musique est endiablée, le public debout frappe des mains en rythme. En coulisse Dolorès et Pépé font quelques pas de danse. Enfin, tout le monde vient saluer sous les bravos des spectateurs conquis. Derrière le rideau, les enfants s’écroulent, heureux mais épuisés.

  • Pour une fois, dit Pépé, nous n’aurons pas à tout démonter et ranger pour prendre la route à l’aube. Bravo à tous, vous pouvez être fier de vous et encore merci pour ce que vous avez fait.
  • Allez, hop, au lit les artistes, dis-je. Bonne nuit tout le monde, à demain.

Le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner, j’emmenais les cousins au cirque afin qu’ils travaillent encore les numéros pour la représentation du soir. En arrivant au cirque je fus interpellé par un Pépé tout excité.

  • Papou, papou, avez-vous lu le journal ?
  • Non dis-je, je ne l’ai pas encore acheté. Parlerait-on déjà des enfants ?

Ce que nous ignorions, c’était qu’hier au soir parmi le public, se trouvait le correspondant de presse du Midi Libre, un Gruissannais qui rendait compte des évènements qui survenaient à Gruissan et ses environs. Son article qu’il avait transmis le soir même par informatique à son journal était tellement enthousiaste et l’histoire autour de cette représentation tellement belle qu’il fut décidé qu’il paraitrai dans l’édition du jour.

  • Lisez, lisez, disait Pépé, quelle publicité pour notre petit cirque, ha, ha, quelle publicité.

En effet le journaliste ne tarissait pas d’éloge sur ces enfants si doués et sur l’élan de générosité de tout un village. Même le Maire eu droit à un petit compliment.

Après cette belle publicité bien méritée, les quatre représentations promises eurent lieu à guichet fermé, c’est-à-dire que toutes les places étaient occupées et une foule importante entourait les gradins, debout.

De nombreuses personnes n’ayant pas pu participer à la collecte voulurent payer leurs places par solidarité.

Toute la troupe gardera un souvenir inoubliable de ces quelques jours.

Malheureusement dans la vie, tout a une fin et il faut savoir l’accepter. Les vacances arrivaient à leur fin et je devais ramener les enfants chez eux. Le cirque devait reprendre la route, c’était sa destinée.

Les au-revoir furent longs et émouvants. Nous échangeâmes nos numéros de téléphone en se promettant de rester en contact. Le cirque passera peut être un jour près de chez nous.

Le dernier soir nous aidâmes Pépé et Dolorès à tout démonter et ranger dans le camion.

Le matin, au réveil, nous eûmes tous un petit pincement au cœur en découvrant la plage vide.

Le cirque était parti.

FIN

Les 4 cousins font leur cirque
Tag(s) : #Histoires du soir

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