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En Provence, on a toujours construit des murs en pierre pour délimiter les champs, retenir la terre des collines et mettre moutons et bergers à l’abri du vent. Ce vent terrible que l’on appelle « Le Mistral ».

Pour résister à sa force, les murs doivent laisser passer un peu de vent entre les pierres.

Voici l’histoire du plus grand bâtisseur de murs dont la légende dit, qu’il parlait aux pierres.

Le petit Jean était fils de berger. Pendant les vacances, il aidait ses parents à garder les moutons. Tout en les surveillants, il jouait à courir dans la colline, à grimper sur les murs de pierres et à sauter dans l’herbe du haut de ces murs. Il était heureux le petit Jean dans ses collines odorantes ou chaque pas faisait s’envoler des senteurs de thym, de menthe sauvage, de lavandin ou de romarin des garrigues.

Le soir, il aimait bien rester un moment près du feu, avec son père, à regarder les étoiles, bercé doucement par le chant des grillons.

En ce temps là, dans la journée, tout en surveillant leurs bêtes, les bergers montaient des murs en pierres, pour retenir la terre des collines, dégager des pâturages et abriter troupeaux et bergers du Mistral.

C’est à l’âge de 12 ans que se produisit l’événement qui allait transformer la vie de Jean.

Ce soir là, il rêvait, la tête dans les étoiles, au pied d’un de ces murs de pierres, lorsque le vent se levât. D’abord doucement, comme une caresse, puis de plus en plus fort, comme une colère.

Alors, soudain, il entendit.

Le cœur battant, n’osant plus respirer, il entendit le mur chanter.

Le vent faisait chanter les pierres.

Ce chant se répétait à chaque fois que soufflait le mistral. Il fallut plusieurs jours à Jean pour comprendre ce que lui disaient les pierres. Le chant du vent par endroit changeait. Quelques fois doux et harmonieux, en d’autre endroit du mur, il devenait grinçant, désagréable à entendre.

Jean chercha à comprendre les raisons de ces changements. En observant bien le mur, il trouva aux endroits ou le chant était désagréable, des pierres mal disposées, qui bougeaient, rendant le mur fragile. C’est à dire qu’il risquait de s’écrouler.

Il avait trouvé le secret du chant des pierres.

Il raconta son histoire à son père et aux autres bergers, mais ils se moquèrent de lui.

Ha, ha , ha, Jean parle aux pierres. Il est fada.

Pour montrer qu’il avait raison, il marqua d’une croix rouge, les endroits du mur ou le vent chantait mal. Les endroits fragiles. Nous devons refaire le mur à ces endroits là leur dit il.

Nous avons autre chose à faire que de reconstruire des murs qui tiennent bien, répondirent les bergers.

Comme pour l’aider, son ami le mistral qui lui avait parlé à travers les pierres, se mit à souffler comme jamais il n’avait soufflé. Ce fut une tempête qui descendit des collines et secoua violemment les arbres et les murs de pierres.

Ce qui devait arriver arriva. Les endroits marqués d’une croix par Jean, s’écroulèrent. Bien des murs mal construits churent cette nuit là.

Au matin, les bergers n’en croyaient pas leurs yeux. C’était donc vrai. Jean parlait aux pierres.

A partir de ce jour, il fut surnommé « Jean des pierres ».

Tout le monde le demandait pour construire des murs. Il en construisit des milliers, toujours par jour de vent, en se laissant guider par la musique qui sortait des pierres.

Cette histoire s’est passée, il y a très longtemps, mais si tu trouves un vieux mur de pierres, encore debout dans la colline, c’est sûrement un mur de Jean et si le vent souffle, approche ton oreille du mur, écoute bien, peut être entendra tu « le chant des pierres ».

Retranscription d'une vieille histoire que me racontait en patois mon arrière grand mère.

8 décembre 2005

Jean des pierres
Tag(s) : #Histoires du soir

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